Où sont passées mes 20minutes ?
Le temps pour soi n'a pas disparu. Il a changé de main.
8/31/20265 min read


Il est 22 h 15. La maison est enfin silencieuse. Vous vous asseyez, et sans vraiment y penser, votre main attrape le téléphone posé sur l'accoudoir.
Vingt minutes plus tard, vous le reposez. Vous ne sauriez pas dire ce que vous avez vu. Vous n'êtes pas plus reposée qu'avant peut-être même un peu moins.
Moi aussi, souvent. Et je crois qu'on est nombreuses.
Le temps que vous n'avez pas
Commençons par ce qui est vrai : vous n'avez objectivement pas beaucoup de temps.
Selon l'enquête Emploi du temps de l'INSEE, les femmes consacrent en moyenne 3 h 26 par jour aux tâches domestiques et parentales, contre 2 h pour les hommes. Et une étude de la DREES publiée en 2025 précise le tableau : les mères passent environ 23 heures par semaine seules avec leurs enfants de moins de six ans, quand les pères en passent 5 h 47. Même lorsque les deux parents travaillent à temps plein, la mère consacre une heure de plus par jour aux enfants.
Le chiffre qui m'a le plus frappée est ailleurs : les mères disposent d'environ 3 h 10 de temps libre en moins par semaine que les pères, soit à peu près 20 % de temps pour soi en moins.
Ce n'est pas une impression. C'est mesuré.
Et ce n'est pas qu'une question d'heures. Ce qui pèse le plus, c'est la partie invisible : penser aux rendez-vous, anticiper les tailles de vêtements, savoir qu'il faut racheter du dentifrice. Cette gestion mentale-là revient à la mère dans une famille sur deux, et au père dans une famille sur dix seulement. Dans les autres, elle se partage.
Alors quand on vous dit « prenez du temps pour vous », la réponse spontanée est : quel temps ?
Pourtant, ce temps existe
C'est là que ça devient intéressant.
Le Baromètre du numérique de l'Arcep et du CREDOC indique qu'une personne passe en moyenne quatre heures par jour devant un écran pour son seul usage personnel — environ un quart de son temps éveillé. Trois personnes sur quatre déclarent y consacrer plus de deux heures quotidiennes.
Et une personne sur deux estime passer trop de temps sur les écrans.
Ces vingt minutes du soir, elles existent donc. Elles ne sont pas à prendre sur votre sommeil, ni sur vos enfants, ni sur votre travail. Elles sont déjà là, dans votre journée. Elles sont simplement captées ailleurs.
Pourquoi ça ne repose pas
On pourrait se dire : et alors ? Si scroller détend, tant mieux.
Sauf que la recherche fait une distinction utile, et je la trouve libératrice. Ce n'est pas le temps d'écran en lui-même qui pose problème, c'est la manière dont on l'utilise.
Il y a le scroll actif : vous cherchez une recette, vous envoyez un message à une amie, vous commentez. Il y a un but, et il s'arrête quand le but est atteint.
Et il y a le scroll passif : on ouvre l'application par réflexe, souvent après un moment de fatigue ou d'ennui, sans savoir ce qu'on cherche. C'est celui-ci — et lui seul — qui est associé dans les travaux de recherche à une augmentation du sentiment de solitude et à une baisse du bien-être.
Vous cherchiez une pause. Le geste vous a donné l'inverse.
Ce n'est pas de la faiblesse. Ces applications sont conçues, avec beaucoup de moyens, pour capter exactement ce moment-là : celui où vous n'avez plus assez d'énergie pour choisir. Quand on est épuisée, on prend ce qui demande le moins d'effort. C'est humain.
Ce qui change quand on reprend ces minutes
Une étude de l'université de Pennsylvanie, publiée en 2018 dans le Journal of Social and Clinical Psychology, a suivi 143 étudiants pendant trois semaines. Une partie devait limiter les réseaux sociaux à trente minutes par jour ; l'autre continuait normalement.
Le groupe qui avait réduit son usage a montré une baisse significative de la solitude et des symptômes dépressifs. L'effet était le plus marqué chez les personnes qui allaient le moins bien au départ.
Ce que je retiens de cette étude n'est pas « supprimez les réseaux sociaux ». C'est plus doux, et plus faisable : il ne s'agit pas de tout arrêter, mais de reprendre une petite partie de ce temps.
Trente minutes. Ou même vingt.
Que faire de vingt minutes ?
Pas un programme. Pas un défi de trente jours. Juste quelques pistes qui fonctionnent parce qu'elles demandent peu.
Écrire trois lignes. N'importe lesquelles. Ce qui vous a agacée, ce qui vous a fait rire, ce à quoi vous pensez sans arrêt. Le simple fait de sortir une pensée de sa tête la rend plus légère — c'est d'ailleurs pour ça que les ruminations du soir sont si tenaces : elles tournent en circuit fermé.
Décider avant de vous asseoir. La différence entre scroll actif et passif tient à une seule chose : l'intention. Dire à voix haute « je regarde une vidéo, puis j'arrête » change déjà tout.
Déplacer le chargeur. Hors du canapé, hors de la chambre. Le geste automatique a besoin d'un téléphone à portée de main.
Commencer petit, vraiment petit. Cinq minutes suffisent pour la première fois. L'objectif n'est pas la performance, c'est de se souvenir que ce moment vous appartient.
Ce que je voulais vous dire
Vous n'avez pas besoin de trouver du temps. Vous n'avez pas besoin de vous lever plus tôt, de mieux vous organiser, ni de culpabiliser une fois de plus.
Ces vingt minutes existent déjà. Elles sont là, tous les soirs, dans votre journée.
La seule question est : à qui appartiennent-elles ?
Hana
Les sources
Sur le temps des mères
- INSEE, enquête Emploi du temps — répartition des tâches domestiques et parentales entre femmes et hommes. [insee.fr](https://www.insee.fr)
- DREES, étude 2025 sur le temps parental — heures passées seules avec les enfants, écart de temps libre entre mères et pères.
- INSEE, Emploi, chômage, revenus du travail (édition 2022) — effets de l'arrivée d'un enfant sur les trajectoires professionnelles des mères et des pères. [insee.fr/fr/statistiques/6453768](https://www.insee.fr/fr/statistiques/6453768)
Sur le temps d'écran
- Arcep, CREDOC, Arcom et ANCT, Baromètre du numérique (édition 2025, enquête menée en 2024) — temps quotidien devant les écrans pour usage personnel et perception de ce temps par les Français.
Sur les effets du scroll
- Hunt M. G., Marx R., Lipson C., Young J., No More FOMO: Limiting Social Media Decreases Loneliness and Depression, Journal of Social and Clinical Psychology, vol. 37, n° 10, 2018, p. 751-768. [DOI : 10.1521/jscp.2018.37.10.751](https://guilfordjournals.com/doi/10.1521/jscp.2018.37.10.751)
- Travaux publiés dans Computers in Human Behavior sur l'usage passif des réseaux sociaux et son association avec le sentiment de solitude.
Sur l'épuisement parental
- Roskam I., Mikolajczak M. (UCLouvain), recherche internationale sur le burn-out parental publiée dans Affective Science — les pays occidentaux individualistes, dont la France, figurent parmi les plus touchés.
Les chiffres cités concernent des moyennes nationales et ne décrivent aucune situation individuelle. Si vous traversez une période difficile, en parler à votre médecin reste la meilleure porte d'entrée.
I-Mum — un espace pour vous retrouver, sans jugement ni pression.
I-Mum
Des outils concrets et un espace à soi pour enfin se poser la question : et moi dans tout ça ?
Parcourir
Accueil
Workbooks
Le Cercle
Journal
À propos
Contact
Contact@i-mum.fr
Sessions collectives ou individuelles En visioconférence
Échanges bienveillants sans jugement
© 2026 I-Mum-Imaginé par Hana pour accompagner les mères au quotidien.
Espace à soi - Micro-pauses - Sans culpabilité
